Bourges, Port Sec Sud (Cher)

Un quartier de bijoutiers au Ve s. avant J.-C.

Bourges est au VIe et Ve s. BC. le plus occidental des « sites princiers », caractérisé par une agglomération de hauteur associée à de riches sépultures, enrichi par des échanges avec toute l’Europe occidentale et les cultures méditerranéennes. La fouille de « Port-Sec » à l’est de l’agglomération a révélé sur 12 hectares la présence d’un quartier artisanal réunissant les traces d’un habitat et d’activités de bijouterie. Les vestiges de l’occupation ont été piégés dans quelque 240 fosses creusées dans le calcaire. Leur forme correspond à des ateliers quadrangulaires, des fosses circulaires profondes de stockage, et des carrières. Le travail du fer et des alliages cuivreux est très largement représenté. Le fer n’a pas été réduit sur place, mais les productions sont attestées par des objets, des ébauches, des moules, parmi lesquels les fibules sont prépondérantes. La présence de céramiques grecques et provençales montre que ces artisans participent à la richesse des « princes ».
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Bourges, Port Sec Sud- SIG


Partenaires institutionnels

AOROC - UMR8546-CNRS/ENS Bourges Plus- Communauté d’agglomération Ministère de la Culture (France) PSL  - Paris Sciences et Lettres | université de recherche TGIR Huma Num (Très Grande Infrastructure de Recherche) University of Edinburgh

  https://doi.org/10.57976/chronocarto.90

Auteurs

OlivierBuchsenschutz , Christophe Batardy (AOROC)

Participation au projet

- Chercheurs : Olivier Buchsenschutz, DR émérite, CNRS, AOROC. Laurence Augier, Dr en archéologie, Dr du service municipal d’archéologie de Bourges Plus. Marylin Salin, Dr en archéologie, Bourges Plus. Jacques Troadec, Dr émérite du service municipal d’archéologie de Bourges Plus. Ian Ralston, Pr émérite à Edimbourg. Sophie Krausz, Pr à l’Université de Paris 1. Christophe Batardy, Dr en histoire, Ingénieur au Min. de la Culture, Géomatique. Anne Filippini, Dr en archéologie, Université de Toulouse. David Germinet, Dr en archéologie, Bourges Plus. Benoît Pescher, INRAP Gilles Dinety, graphiste, Anne tichit, Dr en archéologie, Régane Roure, Pr à l’Université de Montpellier.

- Etudiants : principalement des universités de Tours, Paris et E2. dimbourg.

 

1 - Localisation et emprise de la fouille

Carte 1 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Le chantier de Port Sec sud, à 2 km à l’est de la cathédrale, appartient à la zone artisanale qui s’étend sur plusieurs centaines d’hectares autour de la ville haute de Bourges occupée dès le VIe siècle. La zone décapée couvre 12 ha.

Les 246 fosses fouillées ont été remplies rapidement après leur abandon, par des déchets provenant du niveau de circulation ancien aujourd’hui disparu ; ils sont fragmentés et on n’observe pratiquement aucun collage. Pour simplifier l’interprétation de la répartition des objets et avoir une idée d’ensemble, nous avons créé 42 groupes, qui réunissent des ensembles de fosses plus proches entre elles que de celles du groupe voisin. On peut retrouver dans la publication de 2012 les répartitions de mobilier par fosse.

 

2 – Répartition et fonction des fosses

Carte 2 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Les fosses quadrangulaires à fond plat, qui suggèrent des ateliers, sont réparties régulièrement sur tout l’espace, comme les fosses cylindriques ou ovales profondes, qui peuvent être des aménagements annexes ou des structures de stockage.

 

3 - Une zone d’habitat et d’activité artisanale

Carte 3 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Les volumes cumulés des fosses par groupe sont beaucoup plus grands à l’Ouest et au Sud-Ouest du terrain ; il faut en tenir compte dans l’analyse des répartitions de mobilier. La céramique domestique est présente sur toute la surface fouillée attestant, comme les ossements d’animaux, que les artisans habitaient sur place. Nous n’avons toutefois aucun indice prouvant qu’ils occupaient cet espace en permanence, ou seulement une partie de l’année. La densité plus forte de cette céramique à l’ouest, - où l’activité métallurgique est plus faible -, et au sud et au centre, - où le travail du métal est intense -, suggèrent de légères variantes dans la répartition des activités artisanales et domestiques.

 

4 – Consommation de Porc, bœufs, et caprinés

Carte 4 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

On remarque surtout une faible différence des proportions des trois espèces dans la totalité des groupes. Le bœuf (38%) est abondant surtout au centre-nord, un peu isolé à l’est, et isolé au sud-ouest. Les caprinés (19%) sont plus dispersés. Les porcs (42%) sont nombreux mais étalés centre et sud est. La carte de répartition des trois espèces en % du nombre d’ossements souligne surtout l’homogénéité de la répartition, même si dans quelques groupes une espèce dépasse 50%.

Cette population s’alimente donc en viande de façon diversifiée et presque standardisée avec une préférence pour le porc.

 

5 – Céramique importée

Carte 5 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

La répartition de la céramique importée ne permet pas d’identifier un secteur privilégié. Les amphores sont plus fréquentes à l’ouest. La céramique claire occupe les bordures plutôt que le centre du terrain. Les tessons de céramique grecque sont partout présents : les artisans avaient donc accès à ces biens de luxe, qui sont surtout représentés à cette époque dans les sépultures des aristocrates.

 

6 – Le tissage

Carte 6 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Les traces de fabrication de textile et de vêtements sont ici très bien représentées. Les 60 fusaïoles qui évoquent la fabrication du fil sont omniprésentes. Les pesons de métier à tisser ne sont attestés que dans le nord. Les « dévidoirs », un objet typique de cette période qui servait probablement à dérouler le fil pour alimenter un métier à tisser, sont cantonnées au centre-sud. Les aiguilles sont plus largement réparties.

(Récapitulatif du nombre d’objets : fusaïoles 60 - pesons 3 – dévidoirs 6 – aiguilles 23 )

 

7 - Fer et bronze (alliage cuivreux)

Carte 7 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Le métal est lui aussi présent partout, qu’il s’agisse d’objets achevés ou en cours de fabrication, d’outils ou de chutes. Il s’agit pour le fer de forgeage et jamais de réduction, et pour les alliages cuivreux de fonte et de mise en forme finale. Les deux métaux sont travaillés dans presque tous les groupes. Seules les proportions varient, plus fortes pour le fer dans les groupes 19 et 38, pour l’alliage cuivreux dans le groupe 30. Les zones ouest et est sont un peu plus pauvres en vestiges de métal que le centre de l’espace fouillé, mais on peut vraiment parler ici d’un quartier de bijoutiers.

 

8 – Fonte des alliages-cuivreux

Carte 8 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Les traces de fonte des alliages cuivreux (creusets) sont largement dispersées, mais les groupes principaux ne coïncident pas avec les ateliers de finition des objets métalliques (les ébauches) autour duquel ils forment une sorte de couronne.

 

9 – Ebauches

Carte 9 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

La répartition des ébauches contribue à identifier les ateliers. Les ébauches métalliques sont omniprésentes, et particulièrement nombreuses dans le groupe 30. Les ébauches de bracelets en lignite sont plus étalées, à l’ouest, au sud et à l’est du groupe 30.

 

10 – Travail du métal

Carte 10 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Les tiges qui renvoient aux fibules sont largement réparties, mais sont plus fréquentes à l’ouest et au sud-ouest ; les plaques et barres associées aux lames sont omniprésentes ; les tôles sont destinées aux fourreaux et aux pierres circulaires. Les chutes sont concentrées au sud-ouest, au centre-sud, et au sud-est. Le nord privilégie l’épuration du fer.

Récapitulatif du nombre d’objets / Tiges : 130 ; Tôles : 125 ; Barres : 107 ; Ebauches :21 ; Chutes : 383 ; Plaques :7 ; Outils : 16

 

11 – Ceinture, fibules

Carte 11 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

Une quarantaine d’objets sont identifiables comme des éléments de ceinture. Ils sont répartis uniformément sur l’espace exploré. De même les quelque 210 fibules se répartissent également sur toute la surface, aucun regroupement de la douzaine de types représentés n’est mis en évidence par des tests statistiques. Seuls les ateliers du groupe 30 présentent une concentration plus importante.

 

12 Importation des bijoutiers

Carte 12 (Ouvrir dans une nouvelle fenêtre)

 

La présence de 308 fragments de matériaux importés, qu’il s’agisse du support de bracelet en lignite ou d’ajouts colorés comme l’ambre, le corail ou le verre, permet en effet de parler de bijouterie. Ils révèlent les relations lointaines avec l’Europe du nord comme du sud. Leur large répartition sur l’espace fouillé suggère l’existence d’ateliers polyvalents, non spécialisés dans un matériau particulier.

(Récapitulatif du nombre d’objets : ambre 90 - corail 33 - verre 13)

Il ne fait pas de doute pour nous que l’artisanat et plus précisément la production de bijoux a été l’activité centrale de ce quartier. Les artisans ont vécu sur place, pendant un demi-siècle, de façon permanente ou saisonnière, comme le prouvent la consommation d’animaux domestiques ou le nombre de vestiges de céramiques. Les importations pour les bijoux eux-mêmes ou pour la boisson révèlent un niveau de vie élevé. L’imbrication de l’habitat et de l’artisanat, et la coexistence de plusieurs types de production dans les mêmes ateliers ne facilitent pas la localisation de chaque activité. On sent des différences, mais elles sont ténues, et nous laissons le soin à nos successeurs de poursuivre le déroulement de cette pelote de données embrouillées qui reste un échantillon d’une richesse exceptionnelle.

 

Bibliographie

 AUGIER L. (dir.), BUCHSENSCHUTZ O. (dir.), RALSTON I. (dir.). Un complexe princier de l’âge du Fer : le quartier artisanal de Port Sec sud à Bourges (Cher) Volume 1 : Analyse des structures et du mobilier Volume 2 : Description des structures et de leur mobilier Collectif, Bourges : Édition de Bourges Plus, Service d’archéologie préventive ; Tours : FERACF, 2007. 200 p. 41e Supplément à la Revue Archéologique du Centre de la France, Bituriga - Monographie 2012-1 le supplément RACF "Port Sec Sud" est maintenant en accès libre sur Persée. https://www.persee.fr/doc/sracf_1159-7151_2012_mon_41_1 https://www.persee.fr/doc/sracf_1159-7151_2012_mon_41_2 

illustrations sur Nakala

Les documents graphiques , photographiques et statistiques sur la fouille de Bourges et le mobilier découvert de Port Sec Sud sont accessibles sur Nakala (Humanum) : voir le lien ci dessous.

Bourges, Portsec, documentation primaire

La base Nakala contient d’une part des documents numériques (photos ou dessins, plans) et d’autre part des tableurs qui répertorient des objets ou structures/contextes qui ne sont pas illustrés.Le tri s’effectue par l’intermédiaire du moteur de recherche IOTA (réalisation O. Masson).